Mon travail de Recherche doctoral est intitulé "La notion d'art contemporain au capcMusée. Pratiques curatoriales et discours sur l'art, de 1973 à 1996." Je cherche à caractériser la notion d'art contemporain à partir des expositions et de l'ensemble des productions écrites sur l'art, de la date de création du capc à Bordeaux en 1973, au départ de son fondateur, Jean-Louis Froment, en 1996.
Les expositions jouent un rôle déterminant dans la mise en place de ce que l'on nomme l'art contemporain, à partir des années 1960, notamment en investissant les musées et centres d'art d'Europe et d'Amérique du Nord. Les expositions ne sont plus seulement des panoramas d'œuvres, des lieux des seules monstrations, mais de véritables lieux de la pensée plastique : l'espace d'exposition est un enjeu nouveau déterminant pour la forme et le sens du travail des artistes. Les approches spatiales, les modes d'accrochage sont en eux-mêmes des parcours expérimentaux de compréhension de l'art.
De la même manière, les discours sur l'art qui accompagnent la création sous la forme de la critique d'art depuis le XVIIIe siècle, trouve une nouvelle place au sein de l'institution muséale à partir des années 1960 en Europe et en Amérique du Nord. Dans le cadre du capc qui devient capc Musée d'art contemporain en 1984, le discours critique nourrit la lecture des expositions dès le début, et devient même un marqueur de l'exigence scientifique du lieu : les catalogues publiés pour presque chacune des expositions offrent au public un accès à la pensée critique contemporaine, sous la plume d'historiens d'art, de critiques d'art, d'écrivains ou des artistes eux-mêmes.
Enfin, la création d'un service éducatif dès 1975 à travers l'Artbus, puis parallèlement à celui-ci, développe un programme d'accès à la culture artistique pour les enfants de Bordeaux et de son agglomération. L'objectif n'est pas seulement de donner accès à l'art contemporain au public, c'est aussi comprendre l'art comme un système sémiotique propre exigeant un apprentissage pour une conscientisation du contexte, de l'environnement culturel. Un tel projet s'inscrit d'ailleurs dans une vision d'évolution sociétale voulue par le maire de Bordeaux de l'époque, Jacques Chaban-Delmas, comme laboratoire locale de sa "Nouvelle Société". Le service éducatif a produit des expositions pédagogiques, des textes de présentation de l'art contemporain à destination des différents publics, enfants, adultes, concernés. Ils viennent compléter ce que les textes critiques et historiographiques disent de l'art contemporain.
Les tentatives de comprendre l'art contemporain sont très nombreuses et mondiales tant cet art est aujourd'hui partagé par les artistes sur les continents. Elles tiennent une place importantes en France depuis la "Querelle de l'art contemporain" qui a éclaté en 1997, et marque sans doute le passage d'un art occidental-centré vers un art globalisé. La critique d'art et l'esthétique n'ont cessé depuis de réfléchir à ce que peut représenter cet art contemporain (Nicolas Bourriaud, Jacques Rancière, Terry Smith), la sociologie également (Raymonde Moulin, Nathalie Heinich), tandis que l'histoire de l'art essayait de comprendre le passage de l'art moderne à l'art contemporain et au postmodernisme comme une évolution du regard historiographique comme l'ouverture du monde à la création contemporaine (Béatrice Joyeux-Prunel, Nicolas Heimendinger).
La méthodologie de ma recherche s'appuie sur l'ensemble de ces recherches antérieures mais en inverse la perspective volontairement en se plaçant non pas en surplomb de la production contemporaine avec sa vaste diversité, mais précisément au sein d'un des lieux qui a accompagné son émergence et son développement. Il s'agit de mieux saisir les conditions d'apparition et d'internationalisation, tant matérielles à travers la pratique des expositions, les modes d'accrochages et de production spécifiques liés à l'art contemporain, que par les échanges inter-institutionnels engagés au niveau européens et avec les États-Unis, et que l'évolution singulière de l'institution impactée directement et très tôt par la production et la question de l'archive de l'art.
Pendant les vingt-trois ans de la direction de Jean-Louis Froment et de son équipe, la question de l'art contemporain, et de l'art en général ne sera jamais dissociée des interrogations sur le rôle et la place du musée dans la société, et de son histoire singulière. Le travail conduit par l'historien d'art Jean-Marc Poinsot sur les acteurs des musées est une source essentielle de compréhension de l'évolution des institutions muséales et marque une inflexion importante dans la lecture de l'art contemporain, non plus seulement en termes d'esthétique et de formes, mais en tant que pensée traversée par sa matérialité propre et celle des institutions qui l'ont construit. Cette recherche se veut une application de cette méthodologie d'histoire de l'art appliquée à une institution pionnière pour l'art contemporain en France.
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